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ISR, ESG, RSE… MAIS QUE VEULENT DIRE TOUS CES SIGLES ?!

Emmanuel du Ché, co-fondateur www.jesuisresponsable.fr

 

On retrouve systématiquement trois sigles si l’on souhaite orienter son épargne vers des investissements éthiques et responsables :

ISR : Investissements Socialement Responsables

RSE : Responsabilité Sociale (et sociétale) des Entreprises

ESG : Environnement, Social (et sociétal), Gouvernance.

Pas toujours facile de s’y retrouver.

 

Comment faire alors ?

D’abord se poser la question du pourquoi : pourquoi ai-je le désir d’orienter mon épargne vers des placements dits « ISR » ?

Premier constat : la finance gouverne le monde, directement et indirectement.

Directement car le lobby (groupe de pression) bancaire est très puissant aux États Unis, en Europe et dans plusieurs pays d’Asie. C’est beaucoup plus le monde financier qui influence le monde politique que l’inverse.

Indirectement car ce sont les actionnaires qui détiennent maintenant tout le pouvoir avec le plus souvent une vision court terme, beaucoup plus qu’il y a 30 ou 40 ans. Dans le cadre d’une mondialisation à l’américaine, nous sommes passés en quelques années en Europe d’un capitalisme industriel (appelé capitalisme rhénan par Michel Albert dans son livre Capitalisme contre Capitalisme écrit en 1990, déjà !) à un capitalisme financier d’origine anglo-saxonne.

Dans le capitalisme rhénan, il y avait un « certain » équilibre entre les actionnaires, les dirigeants, les salariés et on peut même ajouter un « certain » respect des clients et des fournisseurs, tout cela avec une vision moyen-long terme.

Dans le capitalisme financier où nous vivons aujourd’hui, la vision court terme domine (la dictature des résultats trimestriels nous vient des États Unis) et l’actionnaire et le prêteur (créancier) sont roi.

 

Selon nous il est plus efficace aujourd’hui d’agir de l’intérieur du monde de la finance, en tant que prêteur ou actionnaire, que de vouloir tenter des révolutions brutales plus ou moins basées sur le modèle de la lutte des classes. Ça a certes permis des avancées en son temps, mais dont on voit aujourd’hui cela a souvent mené à terme à des dictatures (regardez la Bolivie aujourd’hui encore).

 

Alors agissons ensemble avec notre épargne pour faire évoluer de l’intérieur le monde de la finance vers un modèle plus vertueux vis-à-vis de l’homme et de l’environnement et en même temps, soyons réaliste, il s’agit bien d’un rapport de force et d’influence, tout au moins dans un premier temps.

 

Dans ce nouveau monde de l’ISR, faut-il faire des compromis « acceptables » pour pouvoir avancer ?

Exemple : JSR pourrait ne sélectionner que des fonds ISR vertueux, voire presqu’irréprochables vis-à-vis de l’environnement : énergies renouvelables, dépollution de l’eau, etc. C’est le plus facile, mais il y a aussi beaucoup de fonds ISR, non spécifiquement thématique Environnement, des fonds ISR globaux avec des méthodes d’analyse ISR/ESG sur toutes les sociétés.

Alors faut-il investir dans un fonds ISR qui comprend l’action Total dans son portefeuille (c’est plus souvent le cas que vous ne l’imaginez) ? Dans ce secteur très controversé qu’est le secteur pétrolier, Total apparaît comme la société qui a les meilleures pratiques (ou les moins mauvaises selon le point de vue). Total a notamment commencé à investir dans les énergies renouvelables depuis quelques années (plus que les autres major pétrolières). Pour information Total est la première pondération de l’indice CAC 40 (indices actions de 40 grandes sociétés françaises) en pesant 8,50% de l’indice CAC 40. Oui, vous avez bien lu : 8,50% de l’indice CAC 40 !

Notre réponse est simple, c’est possible si la pondération de Total dans le portefeuille est faible dans le fonds ISR analysé, selon nous moins de 1%, le but étant que le gérant soit présent (prendre la parole) et de pouvoir voter en tant qu’actionnaire dans les Assemblées Générales. L’objectif étant aussi de pouvoir augmenter la participation du fonds ISR dans Total si la société évolue vers un modèle moins carboné et peser de plus en plus lourd pour faire évoluer la société (puisque ce sont les actionnaires qui ont le pouvoir). Et si Total n’évolue pas dans le sens d’un meilleur environnement, le gestionnaire du fonds doit, en toute cohérence, vendre l’action Total.

Peut-on investir aujourd’hui investir dans des fonds ISR qui ont Bayer-Monsanto et du Sygenta dans leur portefeuille (ça existe !) ? Non, car les pratiques et la désinformation de ces deux sociétés sur les herbicides (et le reste) sont inacceptables. Mieux vaut agir dans ce cas en tant que consommateur (y compris les agriculteurs et éleveurs) en n’achetant pas leurs produits et investir dans des sociétés concurrentes qui ont des produits plus respectueux de l’homme et de l’environnement.

 

En résumé, notre objectif est que l’épargne ISR et notamment celle des particuliers (aujourd’hui autour de 15% alors que les investisseurs institutionnels représentent 85%) pèse de plus en plus lourd dans le monde de la finance (encore une fois là où est le pouvoir via les actionnaires et les prêteurs) et que chacun puisse individuellement contribuer à faire évoluer notre monde avec plus de démocratie et moins de ploutocratie dans les prises de décisions.

 

Si vous prenez une minute pour lire notre Charte éthique de sélection de fonds ISR et faites nous part de vos commentaires. D’avance merci.

 

ESG : Environnement, Social et Sociétal, Gouvernance.

Et si on commençait par la fin, par la gouvernance, donc par l’homme. Car la gouvernance c’est quoi ? C’est le bon équilibre des pouvoirs au sein d’une entreprise ou d’une organisation, pas d’autocrate qui dirige tout seul sans contre-pouvoir ou contrôle. Une bonne gouvernance c’est donc aussi la transparence à la fois vis-à-vis des actionnaires, des employés, des clients, des fournisseurs, etc.

La société de gestion de portefeuille La Financière de l’Échiquier en a fait un critère de sélection très important pour sa sélection de sociétés éthiques et responsables.

Les dirigeants d’entreprises ne peuvent pas se cacher derrière la « raison d’État » pour dissimuler des actes et décisions peu recommandables sur le plan éthique. Pour conduire à plus d’éthique et de responsabilité, une bonne gouvernance, avec la transparence qui va avec, ne doit pas s’adresser uniquement aux actionnaires (Coca Cola a une bonne gouvernance vis-à-vis de ses actionnaires mais nullement vis-à-vis de ses clients).

Voilà pourquoi en agissant comme consommateur mais aussi comme actionnaire ou créancier auprès des sociétés nous serons plus efficaces pour faire évoluer notre monde vers plus de responsabilité et d’éthique.

Maintenant les 2 S, Social et Sociétal. Le 1er S, social est relativement connu. C’est le respect du droit des employés, la formation professionnelle, l’égalité homme femme, la prévention des accidents.

L’aspect sociétal, qui est tout aussi important, est moins connu, c’est l’impact de l’entreprise sur la société dans son ensemble (c’est-à-dire dans le monde entier), depuis les fournisseurs (vigilance sur le travail des enfants dans les pays émergents) jusqu’aux clients. Par exemple une entreprise du secteur agro-alimentaire ou du secteur des cosmétiques qui informe insuffisamment les consommateurs sur la nature des ingrédients utilisés, dont évidemment ceux qui sont potentiellement nocifs pour la santé, n’est pas bonne sur le plan sociétal.

Pour finir, le E comme Environnement. Parmi tous les sujets qui concernent la préservation de l’environnement sur terre, celui qui prend le plus de place et dont on parle tout le temps est la réduction des émissions de gaz à effet de serre (notamment le CO2) pour essayer de réduire le réchauffement climatique. Certes le sujet est important, mais il occupe tellement le devant des écrans qu’on ne parle pas assez des problèmes de pollution qui le sont tout autant.

Pour être mieux informé et pouvoir agir, voici deux liens internet que nous vous recommandons.

La consommation de viande dans le monde https://blogs.mediapart.fr/edition/il-etait-une-fois-le-climat/article/080915/l-elevage-emet-plus-de-gaz-effet-de-serre-que-les-transports

La pollution en Chine à partir de l’extraction et le raffinage des métaux rares, qui sont utilisés pour nos téléphones portables mais aussi pour beaucoup de composants d’énergies renouvelables qualifiées souvent de propres (panneaux solaires photovoltaïques, éoliennes, batteries pour voitures électriques) : https://www.youtube.com/watch?v=487mer5stLM

https://www.youtube.com/watch?v=cN__PwhX2WY

Les problèmes environnementaux ne se limitent donc pas à la réduction des gaz à effet de serre. Le livre de Guillaume Pitron, La guerre des métaux rares, dérange énormément car il montre que certaines énergies qualifiées de propres ont exporté la pollution en Chine.

 

Dans notre sélection de fonds ISR, nous prenons en compte ces éléments qui sortent des sentiers battus : un exemple ?

Pour les fonds thématiques axés sur l’environnement, nous privilégions un fonds ISR qui traite à la fois du recyclage des déchets, du traitement et du recyclage de l’eau, et des énergies renouvelables (en étudiant lesquelles) plutôt qu’un fonds centré uniquement sur les énergies renouvelables. Pourquoi ?

Parce que quand la vérité sortira sur la pollution réelle de certaines énergies renouvelables, des corrections seront apportées, et nous devons rester présents en tant qu’investisseurs pour accompagner des énergies renouvelables de plus en plus propres, mais à travers des fonds ISR multi thèmes le temps que cette transition se fasse.

 

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8 réflexions au sujet de « ISR, ESG, RSE… MAIS QUE VEULENT DIRE TOUS CES SIGLES ?! »

  1. Chacun doit être responsable de ses investissements et prendre conscience de l’impact que peuvent avoir des investissements basés uniquement sur le profit au détriment de l’être humain (comme par exemple Inditex au Brésil qui emploie des migrants dans des conditions proches de l’esclavage) et de sa santé (comme Monsanto avec l’utilisation de glyphosate pour son célèbre herbicide Roundup). Grâce à des investissements responsables contribuons à remettre l’Humain au centre de nos préoccupations. Il appartient à chacun et à chacune de faire un pas dans ce sens et d’investir sur le long terme dans des fonds qui prennent en compte les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance).

  2. En tant qu’ingénieur efficacité énergétique convaincue que les entreprises doivent intégrer le développement durable dans leur stratégie d’entreprise, je vais intégrer les équipes Greenflex dans 1 mois, entreprise spécialisée dans la transition environnementale des entreprises. Et l’entreprise s’est fait racheter par Total il y a quelques mois ! La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le petit monde du développement durable ! Je rejoins cet article sur le point suivant :

    « Total apparaît comme la société qui a les meilleures pratiques (ou les moins mauvaises selon le point de vue). Total a notamment commencé à investir dans les énergies renouvelables depuis quelques années (plus que les autres major pétrolières) ».

    -> En effet en investissant dans des entreprises dites « écolo » Total montre qu’il souhaite aussi être un acteur de la transition énergétique et permettre à ces jeunes entreprises de mieux se développer et remplir leurs missions

    1. Bonjour Inès, merci pour votre commentaire !
      Effectivement, certaines entreprises font de véritables efforts pour activer une transition responsable (qu’elle soit environnementale, sociale ou de gouvernance).
      Nous suivons cela de près !

  3. Merci pour ce beau projet qui donne très envie d’investir de façon responsable !
    Merci aussi pour ces éclaircissements sur les sigles qui ne sont pas toujours faciles à comprendre pour quelqu’un comme moi qui ne travaille pas dans le monde de la finance, et qui nous aident à mieux comprendre le projet !

    1. Bonjour Alexia, merci pour votre commentaire, n’hésitez pas à suivre nos autres articles si vous souhaitez d’autres précisions sur la finance responsable et sur l’entreprise d’une manière générale !

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