Blog

Les ETF ISR sont-ils tous vraiment ISR ?

Par Emmanuel du Ché, associé fondateur.

ETF veut dire Exchange Traded Fund, soit fonds coté en français. C’est l’équivalent d’une Sicav ou d’un Fonds Commun de Placement (FCP), mais négociable en bourse à tout moment, alors qu’une Sicav ou un FCP ne sont négociables qu’une fois par jour.

Un fonds ISR (Investissement Socialement Responsable) coté ou non est responsable si son gérant vote aux Assemblées Générales des sociétés qu’il détient en portefeuille. Il peut aussi dialoguer tout au long de l’année avec la société en tant qu’actionnaire (ou créancier actif).

C’est « l’engagement actionnarial » qui est quelque chose d’essentiel dans l’ISR pour faire bouger les lignes et changer notre monde.

Nous vivons en effet à l’ère du capitalisme financier importé des Etats-Unis dans le cadre de la mondialisation « à l’américaine » depuis le début des années 90. Nous en voyons de plus en plus les limites. Ce capitalisme financier a deux défauts majeurs :

  • une priorité absolue donnée à l’actionnaire sans véritable équilibre vis-à-vis des autres parties prenantes,
  • une vision très court terme (satisfaction de l’actionnaire à court terme), « The aim of capitalism is to make profit for shareholders ». Milton Friedman (1970).

Si nous voulons agir efficacement pour revenir (au moins en Europe) vers une forme de capitalisme plus équilibré et plus soutenable (comme c’était plus le cas jusqu’aux années 80 avec le capitalisme rhénan), il faut agir de l’intérieur en tant qu’actionnaire ou créancier. C’est là qu’est le pouvoir pour faire bouger les choses (et aussi en tant que « consom’acteur ».)

Or, pour pouvoir agir aux Assemblées Générales des sociétés, il faut réellement que le fonds détienne en portefeuille lesdites sociétés, ce qui est attesté avant l’Assemblée par l’établissement financier dépositaire du fonds.

Certains ETF ISR ou fonds ISR ne répondent pas à cette exigence.

Les ETF synthétiques détiennent en portefeuille des sociétés qui n’ont rien à voir avec l’indice qu’ils doivent répliquer. Par exemple nous avons analysé des ETF devant répliquer un indice sur l’eau (sociétés qui purifient et distribuent l’eau dans le monde, désalinisation, etc) et nous avons trouvé en portefeuille des sociétés qui n’avaient strictement rien à voir avec l’eau (banques, sociétés chimiques, etc). L’ETF synthétique fait avec une banque qui l’accepte un swap (échange) de la performance du portefeuille avec la performance de l’indice Eau.

Donc, non seulement les ETF ISR synthétiques ne peuvent pas voter aux assemblées (ils ne sont pas actionnaires), mais leur portefeuille peut détenir des sociétés qui ne sont pas du tout ISR.

A l’inverse les ETF ISR physiques qui détiennent les sociétés en portefeuille peuvent avoir une véritable politique d’engagement actionnarial en votant aux Assemblées.

Le problème du vote aux Assemblées est le même pour les Sicav ou FCP ISR qui pratiquent le prêt de titres pour doper la performance du fonds. Ils ne peuvent pas voter aux Assemblées Générales. Au moins ne détiennent-ils pas d’autres sociétés que celles qu’ils sont censés détenir.

En conclusion nous ne sélectionnons pas d’ETF ISR synthétiques ou de fonds ISR qui pratiquent le prêt de titres. C’est incohérent avec l’engagement actionnarial de l’ISR, et c’est incohérent avec notre vision de l’ISR.

0 Partages

Laisser un commentaire